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Probabilités conditionnelles et indépendance

La probabilité conditionnelle

Probabilité de \(B\) sachant \(A\)

Pour un évènement \(A\) de probabilité non nulle, la probabilité de \(B\) sachant que \(A\) est réalisé vaut:

$$ P_A(B) = \frac{P(A \cap B)}{P(A)} $$

C'est une restriction de l'univers: on ne regarde plus tout \(\Omega\), mais seulement la partie où \(A\) est réalisé.

De cette définition découle la formule qui sert le plus, celle du produit :

$$ P(A \cap B) = P(A) \times P_A(B) $$

\(P_A(B)\) et \(P_B(A)\) n'ont aucune raison d'être égales. Confondre les deux est l'erreur la plus coûteuse du chapitre, et celle sur laquelle reposent la plupart des faux raisonnements médiatiques.

L'indépendance

Deux évènements indépendants

\(A\) et \(B\) sont indépendants lorsque savoir que \(A\) est réalisé ne change rien à la probabilité de \(B\):

$$ P_A(B) = P(B) $$

En reportant dans la formule du produit, on obtient le critère qui sert en pratique:

$$ A \ \text{et} \ B \ \text{indépendants} \Longleftrightarrow P(A \cap B) = P(A) \times P(B) $$

Ce second critère est symétrique et ne demande aucune probabilité non nulle : c'est lui qu'on utilise pour justifier une indépendance.

Exemple :

On lance un dé équilibré. Soit \(A\) « obtenir un nombre pair » et \(B\) « obtenir un multiple de \(3\) ».

$$ P(A) = \frac{1}{2} \qquad P(B) = \frac{1}{3} \qquad P(A \cap B) = P(\{6\}) = \frac{1}{6} $$
$$ \frac{1}{2} \times \frac{1}{3} = \frac{1}{6} : \text{les évènements sont indépendants} $$

Indépendants n'est pas incompatible

Ces deux mots désignent des situations opposées, et se confondent pourtant sans cesse.

Mot
Ce qu'il signifie
Traduction
Incompatibles
ils ne peuvent pas se produire ensemble
$$ A \cap B = \varnothing $$
Indépendants
l'un ne renseigne pas sur l'autre
$$ P(A \cap B) = P(A) P(B) $$
deux notions sans rapport, aux noms trompeurs

Deux évènements incompatibles de probabilités non nulles ne sont jamais indépendants : leur intersection est vide, donc \(P(A \cap B) = 0\), alors que \(P(A) \times P(B) > 0\). Savoir que l'un s'est produit apprend au contraire que l'autre ne s'est pas produit - c'est le contraire de l'indépendance.

La formule des probabilités totales

Une partition de l'univers

Des évènements \(A_1, A_2, \dots, A_n\) forment une partition de \(\Omega\) - on dit aussi un système complet - lorsqu'ils sont deux à deux incompatibles et que leur réunion est \(\Omega\) tout entier.

Le cas le plus courant est le plus simple : \(A\) et son contraire \(\overline{A}\) forment toujours une partition.

Tout évènement \(B\) se découpe alors selon cette partition :

$$ P(B) = P(A_1 \cap B) + P(A_2 \cap B) + \dots + P(A_n \cap B) $$

Et en remplaçant chaque intersection par la formule du produit :

$$ P(B) = P(A_1) \, P_{A_1}(B) + \dots + P(A_n) \, P_{A_n}(B) $$

Avec une partition en deux, ce qui est le cas presque toujours :

$$ P(B) = P(A) \, P_A(B) + P(\overline{A}) \, P_{\overline{A}}(B) $$

L'arbre pondéré

L'arbre n'ajoute rien à la théorie : il range les calculs. Deux règles suffisent à l'exploiter.

$$ \text{Somme des branches d'un même nœud} = 1 $$
$$ \text{Probabilité d'un chemin} = \text{produit des branches} $$
Arbre pondéré à deux niveaux, avec la partition A et son contraire
les branches du premier niveau portent des probabilités simples, celles du second des probabilités conditionnelles

La formule des probabilités totales se lit alors sur l'arbre : on additionne tous les chemins qui aboutissent à \(B\).

Exemple :

Une usine a deux ateliers. L'atelier \(A\) produit \(70 \ \%\) des pièces, dont \(2 \ \%\) sont défectueuses ; l'autre produit le reste, dont \(5 \ \%\) sont défectueuses.

$$ P(D) = 0{,}7 \times 0{,}02 + 0{,}3 \times 0{,}05 $$
$$ P(D) = 0{,}014 + 0{,}015 $$
$$ P(D) = 0{,}029 $$

Et la question inverse - une pièce défectueuse vient-elle plutôt de \(A\) ? - se lit en divisant un chemin par le total:

$$ P_D(A) = \frac{0{,}014}{0{,}029} $$
$$ P_D(A) \approx 0{,}48 $$

Deux épreuves indépendantes

Quand les deux épreuves sont indépendantes, les branches du second niveau ne dépendent plus du premier: l'arbre devient régulier, et le tableau à double entrée fait aussi bien l'affaire.

Exemple :

On lance deux fois une pièce truquée qui tombe sur pile avec la probabilité \(0{,}6\).

2e lancer →
Pile \((0{,}6)\)
Face \((0{,}4)\)
Pile \((0{,}6)\)
\(0{,}36\)
\(0{,}24\)
Face \((0{,}4)\)
\(0{,}24\)
\(0{,}16\)
chaque case est le produit de sa ligne et de sa colonne

La somme des quatre cases vaut \(1\), ce qui est la vérification à faire systématiquement.

Répéter une épreuve de Bernoulli

Une épreuve de Bernoulli

C'est une expérience qui n'a que deux issues: le succès, de probabilité \(p\), et l'échec, de probabilité \(q = 1 - p\).

Répéter \(n\) fois la même épreuve, de façon indépendante, donne un arbre à \(2^n\) chemins, tous de même structure.

Arbre de trois épreuves de Bernoulli identiques et indépendantes
trois épreuves donnent huit chemins : \(S\) pour un succès, \(E\) pour un échec

Chaque chemin à \(k\) succès a la même probabilité, \(p^k q^{\,n-k}\), quelle que soit l'ordre des succès.

Exemple :

Trois lancers d'une pièce truquée, \(p = 0{,}6\). Probabilité d'obtenir exactement deux piles ?

$$ \text{Trois chemins conviennent :} \quad SSE, \quad SES, \quad ESS $$
$$ P = 3 \times 0{,}6^2 \times 0{,}4 $$
$$ P = 0{,}432 $$

Le facteur \(3\) est le nombre de chemins, pas une probabilité. C'est lui qu'on oublie le plus souvent - et l'arbre existe précisément pour ne pas l'oublier.