Dénombrer, c'est compter sans énumérer. Deux principes suffisent, et toute la difficulté est de décider lequel s'applique - et si l'ordre compte.
Les deux principes
Principe additif
Si deux ensembles sont disjoints, le nombre d'éléments de leur réunion est la somme de leurs nombres d'éléments.
Principe multiplicatif
Si un choix se fait en \(k\) étapes, avec \(n_1\) possibilités à la première, \(n_2\) à la deuxième, et ainsi de suite, alors le nombre total de choix est le produit :
Le mot qui signale l'un ou l'autre : « ou » appelle une somme, à condition que les cas s'excluent, « et » appelle un produit. C'est le premier tri à faire en lisant l'énoncé.
Les \(k\)-uplets
\(k\)-uplet
Un \(k\)-uplet d'un ensemble à \(n\) éléments est une liste ordonnée de \(k\) éléments, les répétitions étant permises.
Exemple :
Un code de quatre chiffres est un \(4\)-uplet de \(\{0 \ ; \ 1 \ ; \ \ldots \ ; \ 9\}\) :
Le nombre de parties
Parties d'un ensemble
Un ensemble à \(n\) éléments possède exactement :
Pourquoi \(2^n\)
Choisir une partie de \(E\), c'est décider, pour chacun des \(n\) éléments, s'il en fait partie ou non.
À chaque partie correspond ainsi un \(n\)-uplet de \(\{0 \ ; \ 1\}\), et à chaque \(n\)-uplet une partie : la correspondance est parfaite.
Or les \(n\)-uplets d'un ensemble à deux éléments sont au nombre de :
L'ensemble vide et \(E\) lui-même sont comptés : ils correspondent aux uplets composés uniquement de zéros, et uniquement de uns.
Permutations
Ranger les \(n\) éléments dans un ordre, c'est choisir le premier de \(n\) façons, le deuxième de \(n - 1\) façons, et ainsi de suite : le principe multiplicatif donne une factorielle.
Plus généralement, une liste ordonnée de \(k\) éléments distincts choisis parmi \(n\) s'obtient de :
Combinaisons
Coefficient binomial
\(\binom{n}{k}\) est le nombre de parties à \(k\) éléments d'un ensemble à \(n\) éléments - autrement dit le nombre de choix de \(k\) objets sans tenir compte de l'ordre.
Le dénominateur \(k \, !\) est exactement le nombre d'ordres possibles des \(k\) objets choisis : on divise pour effacer l'ordre.
Trois valeurs se lisent directement, et une symétrie évite la moitié des calculs :
La symétrie se comprend sans calcul : choisir \(k\) objets à prendre, c'est choisir les \(n - k\) qu'on laisse.
La relation de Pascal
Une démonstration sans calcul
Comptons les parties à \(k+1\) éléments d'un ensemble à \(n+1\) éléments, et fixons l'un de ces éléments, appelé \(a\). Chaque partie est de l'un des deux types, et d'un seul.
-
celles qui contiennent \(a\) : il reste à choisir \(k\) éléments parmi les \(n\) autres, soit \(\binom{n}{k}\) façons
-
celles qui ne le contiennent pas : il faut choisir les \(k+1\) éléments parmi les \(n\) autres, soit \(\binom{n}{k+1}\) façons
Les deux cas étant disjoints, le principe additif donne :
C'est cette relation qui construit le triangle de Pascal, où chaque nombre est la somme des deux qui le surplombent.
La somme d'une ligne du triangle vaut \(2^n\)
Comptons les parties d'un ensemble à \(n\) éléments de deux façons.
D'un côté, il y en a \(2^n\), comme on vient de le voir.
De l'autre, rangeons-les selon leur nombre d'éléments : il y en a \(\binom{n}{0}\) qui n'en ont aucun, \(\binom{n}{1}\) qui en ont un, et ainsi de suite jusqu'à \(\binom{n}{n}\).
Ces cas sont disjoints et couvrent tout : leur somme est le total.
Compter le même ensemble de deux façons est le procédé le plus économique du chapitre : il donne une égalité sans le moindre calcul.
Avec ordre, ou sans
La situation |
Ordre |
Répétition |
Nombre |
|---|---|---|---|
un code, un mot |
oui |
oui |
\(n^k\) |
un podium, un tirage sans remise ordonné |
oui |
non |
\(\dfrac{n \, !}{(n-k) \, !}\) |
un comité, une main de cartes |
non |
non |
\(\dbinom{n}{k}\) |
un rangement de tous les objets |
oui |
non |
\(n \, !\) |
Le test qui décide en une seconde : échanger deux objets change-t-il le résultat ? Si oui, l'ordre compte. Un podium change, un comité non.